• Andrit

La Guerre en bicyclette n'aura pas lieu?

Mis à jour : sept. 5

La Guerre en Bicyclette serait-elle une grande absente ou oubliée de l'oeuvre de Danrit?


S'il a écrit La Guerre des Forts, La Guerre en rase campagne, La Guerre en ballons, La Guerre maritime et sous-marine... et accordé une grande place aux sous-marins, aux navires, aux avions et dirigeables dans son oeuvre... Danrit n'a jamais écrit La Guerre à Bicyclette!


Ce titre était pourtant annoncé et promis. Dans l'édition en grand format de L'Invasion noire, l'éditeur évoque parmi les oeuvres du même auteur: "en préparation: La Guerre à Bicyclette". Un contrat était même signé entre Flammarion et Danrit pour la publication d'un roman, en feuilletons, sur ce thème. Or, cette oeuvre n'a jamais vu le jour...


Article paru dans Le Monde Moderne, octobre 1895

Cette absence est d'autant plus étonnante que ce nouveau moyen de locomotion aiguise la curiosité de Danrit qui en voit notamment les usages possibles et appréciables sur le plan militaire. Ces fameuses bicyclettes font leur apparition dès son deuxième roman, La Guerre en rase campagne (2e partie de la Guerre de Demain). Alors que se prépare la terrible bataille de Neufchâteau, le Lieutenant Croze, qui prête sa voix à Danrit, est étonné de voir passer une troupe de cyclistes, et écrit à son frère : "Au moment où nous nous reformons sur la route deux vélocipédistes passent à grande vitesse sur leur bicyclette. Derrière eux, ils ont une sacoche pleine de dépêches, en avant d'eux, une petite lanterne. Un système très ingénieux maintient en place, à l'aide de deux courroies, une petite carabine modèle 1886, ne gênant en rien le mouvement de leurs jambes. Puis, en voilà d'autres; ils sont au moins 40 et forment une petite troupe marchant ou plutôt roulant dans un ordre relatif avec un sous-officier en tête. Les vélocipédistes ne sont donc pas seulement des estafettes porteurs de dépêches? C'est le capitaine Radice qui me répond: il a entendu parler de cette innovation-là; on a formé dans quelques régiments d'infanterie, des pelotons de vélocipédistes qui, au début d'une action, se portent audacieusement et rapidement en avant, engageant le feu avec leurs armes de précision et se retirent à toute vitesse au moment voulu. Pas mauvaise cette idée! Je m'attends à rencontrer un jour ou l'autre un escadron de ces nouveaux combattants; pourquoi pas? L'ennemi ne leur tuera pas beaucoup de chevaux dans tous les cas. Pourtant je ne les vois pas très bien, chargeant dans les terres labourées. Autant revenir tout de suite aux chars armés de faulx de cet excelleent Pyrrhus, à qui il suffisait de remporter trois victoires consécutives pour être dans une déroute complète." A l'heure où le capitaine Danrit écrit ces lignes, la bicyclette pliante, mise au point par le capitaine Henri Gérard et l'industriel Charles Morel, n'est pas encore au point; elle répondra au scepticisme du lieutenant Croze et à l'objection qu'il soulève sur sa praticabilité sur certains terrains.

Dans ses Chroniques de l'homme à la mule, publiées dans La Dépêche tunisienne, en octobre 1898, où il relate les grandes manoeuvres de la Division française en Tunisie, Danrit évoque de nouveau, non sans une touche d'humour encore une fois, son intérêt pour la bicyclette: "Je marche derrière le bataillon assaillant, doucement, bercé par le pas de ma mule; car on m'a prévenu que la bicyclette ne me servirait pas longtemps dans le terrain difficile où l'on va s'engager, au delà de Menzel-bou-Zalfa; il y a, d'ailleurs, une autre raison pour que j'aie laissé de côté ce mode de locomotion: c'est que je ne sais pas m'en servir." Dans la chronique suivante, il salue le rôle des cyclistes: "Je suis de ceux qui croient fermement aux services qu'ils rendront dans la prochaine guerre, non seulement comme estafettes, mais encore comme combattants; mais pour que ces services soient possibles, il faut des routes, et les routes en Tunisie sont encore trop rares. Nous quittons à Menzel la région praticable pour entrer dans celle des pistes, et encore quelles pistes: le sable les a envahies et les malheureux vélocipédistes de régiment poussent leurs machines devant eux lamentablement. Tout d'ailleurs n'est pas rose dans leur métier, et l'on m'apprend que l'un d'eux a pris une pelle formidable en regardant comme un obstacle négligeable un énorme tas de cailloux. Résultat: un bras luxé et huit jours d'indisponibilité qui vont lui paraître longs".


Emile Driant et sa fille Marie-Térèse (c)Famille Driant

Si en 1898, Danrit déclare considérer la bicyclette en observateur et ne pas savoir s'en servir, en réalité, cela faisait déjà quelques temps qu'il l'avait enfourchée! Dans son roman, Les Robinsons Sous-marin, où il se met en scène avec ses enfants, dans sa villa Marie-Thérèse, il fait d'ailleurs raconter à sa fille: "que (son) père se hâtait à bicyclette pour aller prévenir à La Goulette". Plus sérieusement, c'est à St-Cyr, alors qu'il y est instructeur, de 1892 à 1896, que l'intérêt de Driant pour la bicyclette s'est affirmé. Sur une photo de cette époque, Driant se présente, en tenue de capitaine-instructeur, monté sur une bicyclette pliante avec sa fille Marie-Thérèse sur le guidon. Il semble que le capitaine Danrit ait eu des contacts étroits avec le capitaine Henri Gérard, inventeur de la bicyclette pliante éponyme, et qu'il ait été un de ses ardents soutiens dans sa démarche de création de l'infanterie cycliste. Charles Morel, le premier fabricant de la pliante Gérard, offrit d'ailleurs l'une des premières machines sortie de son usine à Driant. Il encourageait aussi ses élèves et ses camarades officiers à s'y essayer en fondant un club cycliste et en organisant des rallyes de vélocipédistes autour de Versailles.

En juillet 1895, il propose notamment à ses camardes cyclistes de St-Cyr un projet de course-record de 100 kilomètres à bicyclette:

L'animateur zélé du Cycle-Club Saint-Cyrien dut cependant revoir ses ambitions à la baisse, et confie dans une lettre: "Notre projet de course de 100 kilomètres n'a réuni qu'un nombre d'adhésions insuffisant et plusieurs camarades, en exprimant le regret de n'y point prendre part, demandent que nous commencions par un record plus modeste. (...) Notre but étant en somme de nous réunir dans une partie de plaisir abordable pour le plus grand nombre, je viens vous proposer de réduire le trajet à 60 kilomètres. C'est le chiffre exigé dans les épreuves de début de sociétés vélocipédiques sérieuses, et le Cycle-Club Saint-Cyrien se doit de ne pas descendre au-dessous de ce minimum."

Le 26 juillet 1896, c'est à un Paris-Rouen, organisé par ses soins, que sont conviés 31 officiers: "Rendez-vous général à 4h15 devant la maison du Capitaine Driant où sera donné le départ. (...) Rendez-vous à 7h1/2 pour diner à l'Hotel d'Angleterre." Cette fois-ci, Marcelle Driant suit par le chemin de fer et coordonne le trajet des épouses jusqu'au lieu d'arrivée. Comme à chaque fois "la parole de l'officier attestant qu'il a fait le parcours tiendra lieu de contrôle". Finalement, l'avant-veille, Driant propose: "si vous le voulez bien, nous transformerons cette course en excursion en roulant ensemble le plus longtemps possible à une allure supportable pour le plus grand nombre." Les talents de topographes du capitaine Driant sont bien utilisés et il sait trouver l'itinéraire avec les pentes les plus favorables, la bonne direction "pour tourner le dos au soleil aux heures chaudes de la journée", avec un itinéraire de secours si les vents s'avéraient au dernier moment contraires.


Danrit publiera plusieurs études sur les usages militaires possibles de la bicyclette. La première, publiée en octobre 1895, dans la revue Le Monde Moderne (télécharger l'article) couvre les Grandes Manoeuvres de 1895, lors desquelles fut mise sur pied la première unité cycliste équipée de pliantes Gérard. Il en fait un compte-rendu détaillé et enthousiaste: "Quelle large place il s'est taillé le minuscule cheval d'acier, depuis 1875, époque à laquelle les Italiens l'utilisèrent pour la première fois aux manoeuvres du camp de Soumma! (...) Maintenant, l'élan est donné; la vélocipédie militaire s'impose par les services de plus en plus nombreux qu'elle rend, par la perfection de plus en plus grande de ses machines, par l'entraînement extraordinaire de ses adeptes. Si nous avons brossé rapidement le tableau actuel, c'est qu'à notre avis ce rôle est trop restreint, et qu'on ne tire pas du cyclisme dans l'armée tout ce qu'il peut rendre. Le cycliste n'est aujourd'hui qu'un messager: il doit devenir un combattant. (...) Renvoyez donc à la brigade de corps d'armée ces deux cent cinquante cavaliers et remplacez-les par des cyclistes en moins grand nombre: ceux-ci pourront pousser plus avant avec plus de vitesse et moins de fatigue: ils seront moins vulnérables, moins visibles de loin, et leurs fusils leur donneront une force de résistance que n'aura jamais la cavalerie, encore trop dédaigneuse de l'arme à feu. (...) Et posons ce principe dont nous entrevoyons la réalisation prochaine. L'infanterie, l'arme reine, dont le général Morant disait: L'infanterie, c'est l'armée. L'infanterie peut et doit maintenant se passer de la cavalerie pour s'éclairer et s'assurer sa propre sécurité. Oui, elle peut se suffire à elle-même grâce à la bicyclette. (...)

Le Capitaine Henri Gérard (1859-1908) (c)http://pliantegerard.canalblog.com/

Vous songez à la bicyclette ordinaire, à celle que vous voyez partout, à la machine à cadre rigide, immuable dans sa forme, que l'on pousse devant soi, mais qu'on ne porte pas. Et nous, nous parlons de la bicyclette qui se replie roue contre roue, qui se porte à la main comme une valise ou sur le dos comme un havre-sac. Nous voulons parler de cette machine nouvelle et merveilleuse qui permet à l'officier de porter la jumelle à ses yeux sans quitter la sellette, de laquelle on ne tombe pas, sur laquelle on passe partout, et que l'on porte sans peine quand elle ne vous porte pas. Cette bicyclette existe: elle a été conçue pour l'armée et réalisée par un officier. (...) Une innovation de cette valeur finit toujours par percer, et c'est parce que celle-là est l'oeuvre d'un officier, le capitaine Gérard, du 87e de ligne, à Saint-Quentin, qu'un de ses camarades peut en parler ici dans le seul but d'être utile et sans qu'on puisse le soupçonner de lancer une banale réclame." Et de conclure avec humour: "Ah! Si Napoléon avait eu la bicyclette! Ce qu'il eut fait enrager Murat!..."


Dans la même revue Le Monde Moderne de mars 1897 (télécharger l'article), Danrit couvre de nouveau de Grandes Manoeuvres et constate les progrès effectués dans l'usage de la bicyclette. Il écrit notamment: "Il y a dix-huit mois déjà, j'écrivais à cette place dans Le Monde Moderne: le cycliste militaire n'est actuellement qu'un courrier, il doit devenir un combattant. Loin de moi l'idée de me targuer d'avoir été bon prophète. En ce siècle de progrès, c'est un mérite facile. Je me borne donc à constater que le cycliste combattant n'est plus un mythe, que les expériences au cours desquelles il s'est révélé ont réussi de tout point, et que nous touchons au moment où l'infanterie montée va prendre prendre place dans les armées modernes. Faisons tout d'abord une distinction: cycliste et vélocipédiste, peu importait le mot jusqu'à présent; appliqué à l'armée, il évoquait l'idée d'un soldat vêtu à la légère et roulant, le fusil en bandoulière, le long des colonnes en marche. C'était le porteur de dépêches, le messager des états-majors et du commandement. Aujourd'hui ce courrier, c'est le vélocipédiste de régiment, de brigade ou de division. Le terme de cycliste est désormais réservé au combattant monté sur roue, au fantassin utilisant la vitesse de la bicyclette pour surprendre l'ennemi, suivre et soutenir la cavalerie amie, en un mot agrandissant dans des proportions imprévues le domaine offensif de l'infanterie. C'est au capitaine Gérard, inventeur du cycle pliant dont j'énumérais les avantages en 1895, qu'échut aux grandes manoeuvres dernières l'honneur bien légitime de commander la première unité cycliste, et, malgré la pluie qui rendit l'épreuve très pénible, on peut dire hautement que la démonstration fut concluante et le rôle de la nouvelle arme esquissé avec un rare bonheur. (...)

Article paru dans Le Monde Moderne, mars 1897

Un seul reproche a pu être fait à l'essai de 1896, et il réside uniquement dans la trop grande faiblesse numérique de la compagnie Gérard. Aussi semble-t-il que cet effectif puisse être aisément porté à deux cents hommes, afin de pouvoir en un temps très court, ce qui sera toujours le cas, produire un effet considérable. - Deux cents cyclistes pourront, à raison de 15 balles par homme et par minute, envoyer 1500 à 1600 balles en trente secondes sur une charge de cavalerie; en admettant que le sixième de ce nombre porte, et il n'y a pas d'exagération avec un but aussi favorable, c'est deux cents cinquante cavaliers par terre; c'est la rupture de la charge, c'est une brèche dans cette muraille vivante que s'efforce de maintenir jusqu'au choc une cavalerie bien instruite. La compagnie cycliste sera donc très probablement l'unité de combat de la nouvelle arme. Il ne faut pas songer créer des bataillons de cyclistes: le commandement en serait trop difficile et la mobilité fort diminuée; où trouverait-on d'ailleurs un chef de bataillon capable de faire 80 kilomètres par jour et par tous les temps à bicyclette? Car c'est à bicyclette seulement que pourra commander le chef d'une semblable unité. C'est donc à des capitaines de vingt-huit à trente-deux ans qu'il faudra confier ces compagnies, les unes attachées aux corps d'armée, les autres aux divisions de cavalerie indépendante, et il sera indispensable de les choisir vigoureux, pleins d'allant et de feu, ne craignant pas d'aller en campagne jusqu'à la témérité. Car on ne saurait assez le redire, et l'expérience vient de le prouver, des groupes de fantassins doués de ce facteur nouveau, la vitesse, pourront produire sur les flancs et les derrières de l'ennemi les effets les plus imprévus et les plus démoralisants: paniques dans les cantonnements, surprises des trains régimentaires, ruptures des communications télégraphiques, destruction des voies ferrées et des ouvrages d'art, enlèvement des convois de vivres et de munitions, tel est le résumé des occasions qui s'offriront aux chefs de cette cavalerie de fer, s'ils possèdent et mettent en oeuvre la plus précieuse des qualités françaises: l'audace."

Revue du Touring-Club de France - 15 décembre 1897

En décembre 1897, la Revue mensuelle du Touring-Club de France - association sportive dont Driant est membre - publie une lettre de Driant sur le Cyclisme militaire en réponse à un article sur le même sujet, parue dans la revue en octobre de la même année, signé par Un Cycliste combattant. Tandis que ce dernier pense que le rôle des cyclistes militaires doit s'exercer au sein d'unités de cavalerie, Driant, lui, affirme une ambition plus forte en imaginant des compagnies indépendantes au niveau du corps d'armée et à celui de la division de cavalerie. Il va jusqu'à exprimer, dans un élan d'enthousiasme: "Et je suis si convaincu de la beauté de ce rôle, que je préfèrerais dans la prochaine guerre le commandement de cette compagnie-là à celui des mille zouaves que j'y aurais, si c'était pour demain. Et pourtant, c'est beau un bataillon de zouaves!" Il conclut enfin: "Avec vous je me réjouis de voir marcher à pas de géant une idée qu'on avait l'air de sortir il y a deux ans d'un magasin d'utopies."

Il déduit de ses réflexions et observations, au grand dam des cavaliers de l’époque, que des unités de combattants montés sur des vélocipèdes peuvent parcourir, silencieusement, rapidement et sans soutien logistique important, de longs parcours leur permettant de s’infiltrer dans un dispositif ennemi. Cette réflexion contribuera à la création d’unités de chasseurs cyclistes, qui connaîtront une certaine notoriété à une époque, rappelons-le, où la vitesse de déplacement du combattant n’excédait pas, dans le meilleur des cas, celle de l’homme à cheval, que l’on n’avait jamais dépassée depuis les temps antiques.


Il est donc curieux que Danrit n'ait pas consacré spécifiquement un de ses romans à exalter les vertus de ce moyen de locomotion et décrire les terribles effets qu'il pourrait produire...

A vrai dire, si La Guerre en Bicyclette n'a jamais vu le jour en tant que telle, Danrit lui consacre tout de même quelques passages intéressants. C'est le cas en particulier dans La Guerre Fatale (1902) où il fait débarquer sur le sol britannique une compagnie de chasseurs cyclistes. Danrit n'y met pas seulement en scène la bicyclette pliante du modèle Gérard, mais son inventeur lui-même, le capitaine Gérard, à qui il rend, de nouveau, un hommage appuyé: "Le capitaine Gérard, le véritable créateur de l'infanterie cycliste en France, car il avait fallu sa ténacité pour vaincre les préjugés, la routine et même la mauvaise foi qui avaient accueilli l'invention de la bicyclette pliante, le capitaine Gérard avait obtenu de commander l'unique compagnie admise à faire la campagne d'Angleterre, et par les services qu'il allait rendre à la cavalerie, il allait faire regretter qu'on n'en eut pas envoyé une seconde. Sa compagnie était de deux cents hommes." Il détaille plus loin dans le même chapitre ces services rendus par la compagnie cycliste, alors que la cavalerie ne pouvait plus progresser pour remplir son office de renseignement et que les manoeuvres de l'ennemi qui permettraient de comprendre le plan stratégique dressé par le Généralissime anglais demeuraient inconnues. "Ce fut la Compagnie cycliste qui, la première, pénétra ce plan et fit parvenir au Généralissime (français), par ses meilleurs coureurs, les renseignements qui éclairèrent d'un jour nouveau la situation. Qu'on ne s'étonne pas: la bicyclette est un instrument admirable qui, bien utilisée, rendra en campagne des services inappréciables: elle deviendra lourde et embarrassante par les temps de pluie, peu pratique en pays accidenté, d'un usage peu fréquent dans une campagne d'hiver, soit; mais dans un pays possédant un réseau d'excellentes routes comme l'Angleterre, en plein mois de septembre et dans une région où les différences d'altitudes ne dépassaient pas 200 mètres, elle devait faire parler d'elle et donner un éclatant démenti à ceux qui avaient nié son action et ses services." Il décrit les manoeuvres exercées par les cyclistes au contact des troupes ennemies, et le sort de ce Major anglais qui roula à terre alors qu'un "adjudant de la compagnie cycliste, sans quitter son guidon de la main gauche et d'ailleurs très exercé à ce genre de sport, venait de lui envoyer une balle de revolver dans la mâchoire". Au final, Gérard, avec sa colonne de cyclistes, avait "fait en sinuosités de toutes sortes pour éviter l'ennemi, dont les têtes de colonnes se montraient partout aux environs d'Ashford, plus de 100 kilomètres. Plus de vingt fois il avait été contraint de mettre "machine à dos" et de se jeter hors des routes pour éviter une lutte inégale; avec le trajet fait dans la matinée, il avait parcouru 170 kilomètres. Quel cavalier, quel cheval eut pu fournir pareil effort? La Compagnie cycliste payait d'ailleurs chèrement l'honneur d'avoir éventé la première la marche audacieuse du général anglais; elle avait déjà perdu 18 hommes avant midi: 35 autres restèrent en route dans la traversée des lignes anglaises. C'était le quart de son effectif par terre. Mais elle avait bien mérité de l'Armée, et ce "raid" merveilleux, qui rappelait ceux de la Guerre de sécession, consacra sa réputation et lui a donné le droit à l'existence comme arme spéciale. Longtemps on n'avait voulu voir dans le cycliste qu'un courrier, un porteur de dépêches; il fallut bien se rendre à l'évidence: c'était un combattant, empruntant à la cavalerie sa vitesse, à l'infanterie la puissance de son armement." Ce chapitre offre une première trame de ce qu'aurait pu être La Guerre en Bicyclette de Danrit.


Dans L'Alerte, publiée en 1910, Danrit évoquera de nouveau l'intérêt de l'emploi du vélo et les possibilités de raids silencieux et lointains qu'il offre.

Illustration dans L'Alerte (1910)

Si, en fin de compte, Driant n'a pas écrit cet ouvrage pourtant annoncé, c'est au cours de la Grande Guerre, cette Guerre de Demain anticipée par Danrit tout au long de ses romans, que la Guerre à Bicyclette va se réaliser et s'écrire; non avec l'encre de la plume, mais avec le sang des cyclistes des Groupes de Chasseurs Cyclistes, cette troupe unique et exceptionnelle, trop souvent oubliée, qui a pourtant fait partie des unités de légende et des unités de premier rang dans la défense du territoire. Ils ont largement répondu aux espoirs que Driant portait sur cette nouvelle arme et donné une fois de plus raison à ses prémonitions. Le général Louis Buisson (1889-1955), qui a eu l'honneur de commander le 6e Groupe de Chasseurs Cyclistes durant la Grande Guerre, évoque le rôle qu'ils ont eu durant cette guerre, avec des accents qui rappellent ceux de Danrit: "une quarantaine de citations collectives, 6 fourragères, 12 commandants de groupes tués, des centaines de morts, des milliers de blessés et de longues listes de Légions d'honneur, de Médailles militaires, de citations. Est-ce maintenant utile de souligner que les Chasseurs cyclistes n'ont été ni des agents de liaison, ni des porteurs de dépêches, ni des facteurs militaires, mais que leurs groupes ont été des unités de grande élite, dignes des plus beaux bataillons à pied et alpins" (in Les Chasseurs Cyclistes au combat, par Bruno Barrier, Cambrésis Terre d'Histoire, Hors-série n°5 - juin 2017).



83 vues

ME SUIVRE

  • Twitter Classic
  • Facebook Classic
  • c-youtube
  • Google+ Icône sociale

© 2018 par Emile DRIANT. Créé avec Wix.com