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Raymond de la Nézière, illustrateur de l’Evasion d’Empereur


Les romans du Capitaine Danrit ont bénéficié de la contribution d’illustrateurs talentueux qui rehaussèrent la beauté de leurs éditions, en particulier les grands volumes in-8°, et y apportèrent un réel intérêt supplémentaire par la qualité et la précision des dessins. Le Capitaine Danrit collabora de façon privilégiée avec son ami Paul Cousturier (alias Paul de Sémant) et Georges Dutriac. Pour son roman Evasion d’Empereur, qui fut d’abord publié en feuilleton dans le Journal des Voyages et des aventures de terre et de mer, l’éditeur lui proposa la collaboration de l’illustrateur Raymond de la Nézière.



Raymond Daviel de la Nézière (1865-1954) naquit à Strasbourg un 21 février. Son père, normand, et sa mère, berrichonne, eurent trois garçons aux destins peu communs : Raymond, l’aîné, s’intéressa très tôt au dessin et à la peinture, et eut une riche carrière comme dessinateur, illustrateur et caricaturiste ; il fut suivi par son deuxième frère, Joseph, né en 1873, qui se passionna lui aussi pour cet art, et en particulier pour la peinture orientaliste, ayant voyagé de nombreuses années en Afrique où il croisa la route de la Mission Marchand, du général de Trentinian, et surtout, au Maroc, du futur maréchal Liautey ; Georges, le cadet, fut, lui, un sportif, qui se passionna pour la course, le cyclisme, la voiture, l’aéroplane… et qui eut même le privilège de porter le drapeau de la Délégation Française aux Jeux Olympiques d’Athènes, auxquels il participa, à 18 ans, en 1896.


Très jeune, Raymond de la Nézière, s’intéressa au dessin, mais aussi à l’équitation et à la chasse qui lui fournirent ses premiers sujets. Il entra à 19 ans à l’Ecole des Beaux-Arts. A 20 ans, il rejoignit le 11e régiment de Chasseurs à cheval, formation prestigieuse qui portait sur les plis de son drapeau les noms glorieux d’Austerlitz, de Wagram et de la Moskowa, et dont Raymond de la Nézière illustra l’Historique. Il quitta l’armée trois ans plus tard, à la mort de son père, étant devenu soutien de famille. Il se consacra alors pleinement à son art, qu’il n’avait pas vraiment abandonné, et devint un artiste prolifique. Il produisit tout au long de sa carrière de nombreuses illustrations pour des albums ou romans destinés à la jeunesse, et collabora aussi bien à des revues enfantines comme la Semaine de Suzette, Pierrot, Mon journal, Le Jeudi de la Jeunesse qu'à des journaux et revues humoristiques comme La Baïonnette, Le Rire, L'Assiette au Beurre. Il se situe ainsi parmi les précurseurs de la Bande Dessinée, et on lui doit, en collaboration avec son ami Pinchon, quelques dessins de la fameuse Bécassine. Il collabora aussi à de grands périodiques illustrés comme Le Monde illustré ou L'Illustration. Il fut chargé à l’Exposition coloniale de Marseille, en 1922, de la partie décorative du Pavillon des Intérêts français dans le Levant et exécuta des travaux dans divers palais ; il obtint deux grands Prix de peinture, l’un pour le Pavillon de la Syrie et l’autre pour le Maroc. Il fut nommé chevalier de la Légion d’Honneur en août 1923, sur recommandation du Ministère des Colonies.


En 1905, c’est donc un illustrateur déjà reconnu et célèbre qui fut proposé au Capitaine Danrit pour illustrer son dernier roman, Evasion d’Empereur. Dans cette uchronie, Danrit imagine une tentative d'évasion de Napoléon depuis Sainte-Hélène, projetée par un groupe de patriotes corses. Il y fait appel à l'Histoire comme à l'anticipation : l'Histoire, c'est celle - très documentée - de la fin de Napoléon 1er à Sainte-Hélène ; l'anticipation, c'est le rôle du sous-marin, arme étonnante qui en était encore à ses balbutiements. L’œuvre offrit l’occasion au Capitaine Danrit d’exprimer toute sa piété napoléonienne.


Si Emile Driant et Raymond de la Nézière ne se connaissaient pas personnellement aux débuts de leur collaboration, une estime mutuelle les réunit rapidement en plus d’une fidélité partagée à la mémoire de l’Empereur.


Le 25 septembre 1903, Raymond de la Nézière écrivait au comandant Driant :


« Monsieur,

le Directeur du Journal des Voyages, Monsieur Dewez, me charge des illustrations de votre beau roman : Evasion d’Empereur ». Je suis très heureux et flatté d’avoir été choisi pour faire les illustrations d’un de vos livres. C’est une joie pour moi de débuter au Journal des Voyages avec une histoire sur Sainte Hélène : très napoléonien et cousin de Las Cases (sa marraine et cousine Isaure Bigot épousa en effet Barthélémy de Las Cases, fils de l’auteur du Mémorial de Sainte-Hélène), c’est vous dire que je suis très documenté sur la vie de l’Empereur. Si vous avez quelques observations ou recommandations à me faire, je vous serais très reconnaissant de bien vouloir prendre la peine de me les communiquer : elles seront toujours bien venues.

Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments très distingués.

R. de la Nézière

Sainte Thorette, 25 septembre 1903 »



Les épreuves du dessinateur semblent avoir amplement contenté l’écrivain qui dût l’en féliciter dans des termes élogieux puisque Raymond de la Nézière écrivit à Emile Driant, le 6 janvier 1904 :


« Mon cher Commandant,

votre aimable lettre me rend tout à fait confus : vous me faites beaucoup trop de compliments; si mes dessins ne sont pas trop mal, c’est grâce à votre texte qui est tout ce qu’il y a d’intéressant à illustrer ; je suis d’autant plus heureux que mes dessins vous plaisent un peu, qu’il y a fort longtemps que je désirais illustrer une de vos œuvres.

Si à votre prochain passage à Paris vous vouliez me donner un rendez-vous ou prendre la peine de venir jusqu’à Neuilly, je vous parlerai d’un projet d’Album : je crois que nous pourrions aussi faire quelque chose pour la Maison Hachette. Et puis en nous serrant la main, nous pourrions parler de notre Prisonnier.

Veuillez agréer, mon cher Commandant, avec mes vœux les plus sincères, l’expression de mes sentiments très distingués.

R. de la Nézière »


Cette nouvelle collaboration évoquée par le dessinateur n’eut pas lieu, mais le projet d’album pour la Maison Hachette vit bien le jour : il s’agissait précisément d’un Album évoquant la vie de l’Empereur : Napoléon ! Il s'agit d'une douzaine de planches illustrant chacune un épisode de la vie de Napoléon, de son enfance à Ajaccio à l'exil de Sainte-Hélène, accompagnées d'une courte légende. On y retrouve d’ailleurs, en dernière page, un dessin très proche de celui réalisé pour la première livraison d’Evasion d’Empereur dans le Journal des Voyages.


Ces échanges illustrent les liens étroits de confiance et d’estime qui unissaient l’écrivain et son illustrateur, et même la contribution active de celui-ci à l’œuvre de celui-là.





Sources : http://delaneziere.free.fr/raymond.html

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