L'INVASION NOIRE

Résumé

Dans ce roman, sous-titré "La Guerre au XXe siècle", Danrit décrit les ambitions hégémoniques d’un Islam conquérant appuyé sur les masses africaines, à travers les aventures de deux officiers coloniaux français, le capitaine Léon de Melval et le lieutenant Zahner. Les deux héros assistent au massacre des garnisons européennes en Afrique, mais sont épargnés en tant que camarades de promotion à Saint-Cyr d’Omar, le fils du Guide spirituel et militaire des Afros-musulmans, le terrible sultan Abd-ul-M’hamed. Prisonniers sur parole, les deux officiers français sont obligés d’assister à l’unification de l’Afrique derrière la bannière verte du Sultan et ne pourront reprendre leur liberté et rejoindre leur patrie pour en organiser la défense qu’après la prise de Contantinople par les djihadistes.

 

Voici le résumé qu'en fait Danrit lui-même dans un de ses manuscrits "Données générales de l'Invasion Noire".

 

Première partie, "Mobilisation africaine":

Abd-ul-M'hamed, sultan détrôné de Constantinople par les intrigues anglaises, s'est réfugié avec son fils Omar au centre de l'Afrique, et au commencement du XXe siècle son influence grandissante a converti à l'islamisme les populations fétichistes du Continent noir.

Il a découvert au nord du Congo la mine épuisable d'Atougha, et, grâce à elle, achète à l'Europe, à l'Angleterre et à l'Allemagne en particulier, un énorme approvisionnement d'armes perfectionnées.

Quand il se sent prêt, il prêche la guerre sainte et donne rendez-vous aux armées noires, sur les bords de la mer Rouge, pour gagner la ville sainte de La Mecque.

Omar qui a fait ses études à St-Cyr, lui sert de Chef d'état-major.

Deux officiers français, du 5e Tirailleurs, le Capitaine de Melval et le Lieutenant Zahner, abandonnés par leurs troupes près de Tombouctou et accompagnés d'une jeune Mauresque, Nedjma, tombent entre les mains des Touaregs qui les conduisent au Sultan. Omar reconnait, dans le Capitaine, un de ses camarades de promotion: sur sa prière, le Sultan les épargne et les autorise à suivre sa Garde, après leur avoir demandé leur parole de ne pas fuir.

Cependant, un ballon dirigeable en aluminium, de forme lenticulaire, le Tzar, quitte Paris pour pénétrer les secrets de la mobilisation africaine: l'ingénieur Surveille, Guy de Brentane son neveu et l'interprète Saladin le montent et assistent, au sud de Laghouat, au massacre d'une armée Française par un ennemi mille fois supérieur en nombre et combattant de nuit.

Saladin est de sang arabe; il aime une Française, Christiane Fortier, fille de l'ingénieur du Transsaharien: mais celle-ci, fiancée au Capitaine de Melval, l'a repoussé dédaigneusement.

Poussé par le souvenir de ses origines et par sa haine contre l'officier français, croyant au triomphe de l'Islam après la défaite dont il vient d'être le témoin, l'interprète massacre, avec l'aide de deux Touaregs, tout le personnel du ballon.

Guy de Brentane seul parvient à s'enfuir et à regagner Alger à l'insu de Saladin qui, maître du ballon, se met à la recherche du Chef de l'Invasion noire.

 

Deuxième partie, "Concentration à La Mecque"

Saladin montant le Tzar, après de nombreuses pérégrinations au dessus du Tchad, du Soudan, du Dahomey et du Bénin, retrouve le Sultan à Khartoum et met à son service son ballon et sa personne.

A sa grande surprise, il se trouve là en présence du Capitaine de Melval qui connait sa passion pour Christiane Fortier; mais le traître s'est approprié, avant de quitter Paris, une lettre de la jeune fille dont le sens équivoque fait croire au Capitaine qu'il est oublié d'elle.

De désespoir, l'officier fait sa maîtresse de Nedjma qui l'aime depuis longtemps, et qui est le type de femme arabe soumise et résignée.

Les armées noires s'écoulent sur l'Arabie, partie par Suez, partie par le détroit de Bal-el-Mandek. Un renégat anglais, Zérouk, a apporté au Sultant un explosif à l'aide duquel il détruit la flotte Européenne internationale postée dans ce détroit.

Ce Zérouk aime Nedjma et cherche à l'enlever pendant la traversée du détroit; mais une torpille heurtée en route les jette tous sur l'île de Périm encore occupée par les Anglais. Zérouk y est reconnu comme le chef des "sans-patrie" d'Angleterre et passé par les armes; victime de sa parole, de Melval au lieu de gagner Aden rejoint l'armée noire, et le Sultan admirant sa fidélité au serment, l'autorise à regagner la France dès que Constantinople sera pris.

Le pèlerinage de La Mecque s'effectue en grande pompe: six millions d'hommes y prennent part; des miracles soigneusement machinés à l'aide de l'électro-aimant du ballon y amènent à son paroxysme l'enthousiasme musulman; le torrent inonde l'Asie mineure, rase Jérusalem redevenue depuis quelques années capitale d'un royaume juif et roule vers Constantinople.

 

Troisième partie, "A travers l'Europe":

Abd-ul-M'hamed entre à Constantinople acclamé par les Turcs: il y trouve au harem la sultane Hézia, mère d'Omar, que l'usurpateur a condamnée à partager sa couche, et ordonne qu'elle soit jetée au Bosphore; mais Omar, avec l'aide des deux officiers français, sauve sa mère et la confie au Capitaine de Melval qui regagne la France.

Nedjma, la jolie Mauresque, va accompagner l'officier; mais elle a inspiré au roi Mounza, qui commande la Garde du Sultan, une passion frénétique et bestiale et celui-ci la tue.

Le Sultan organise en Turquie et en Asie Mineure les masses qui affluent d'Afrique, de Perse et de l'Inde; il les encadre avec des officiers turcs et des renégats de tous les pays; quand il est prêt, il commence sa chevauchée à travers l'Europe, brûlant, massacrant, inspirant une terreur effroyable et toujours précédé comme éclaireur du ballon de Saladin.

Les armées Russes font le vide devant lui et se retirent vers le Nord; les royaumes des Balkans, la Grêce, l'Autriche sont successivement anéantis. L'Allemagne résiste d'abord victorieusement, mais le Sultan déchaine le typhus et la peste noire parmi ses troupes, à l'aide de malades fanatiques qu'il lance la nuit en avant de ses guerriers; l'Italie est refoulée; l'épouvante annihile toutes les nations dont les débris refluent sur Paris.

Seules, l'Angleterre dans son île, la Suisse dans ses montagnes et la Hollande dans ses lagunes échappent à l'inondation.

Arrivé à Paris, le Capitaine de Melval retrouve Christiane qui n'a jamais cessé de l'aimer et qu'il épouse; mais il n'aura pas de repos qu'il n'ait retrouvé le misérable Saladin; de son côté, Guy de Brentane, qui a échappé au massacre du Tzar, a poussé activement la construction d'une flottille de ballons semblables. Tous deux se mettent à la recherche de Saladin et le rencontrent au-dessus de la Garde noire. Bataille aérienne, emploi de fusils à hydrogène solidifié: le traître tombe de 3000 mètres de hauteur et s'écrase.

Pendant la marche de l'Invasion noire, les puissances Européennes lui ont opposé toutes les innovations du siècle prochain: locomotives électriques à tourelle blindée, fusils obus sans canon, torpilles de terre, électricité à haute tension parcourant les rails de chemin de fer, batteries de pétrole enflammé, foudre artificielle, régiments d'automates en acier bourrés d'explosifs, etc.

Rien n'empêche les noirs d'atteindre Paris.

 

Dernière partie, "Autour de Paris":

Paris, agrandi jusqu'à Chartres, Meaux, Compiègne et Orléans, forme un immense camp retranché de 200 kilomètres de diamètre où viennent s'accumuler des soldats de toutes les nations et les approvisionnements de toute l'Europe; des fortifications formidables y ont été construites. C'est le dernier centre de la résistance Européenne.

Quatre millions de Noirs l'investissent; l'Angleterre seule reste dans son île, spectatrice égoïste de cette effort suprême.

Le Sultan essaie, comme précédemment, du typhus contre ces armées blanches; mais un élève de l'Institut Pasteur trouve la vaccination à l'aide du sang de noir réfractaire à cette maladie.

Un ingénieur découvre enfin le produit qui va délivrer l'Europe: c'est un gaz asphyxiant et liquéfié pour être facilement transportable; une flotte de ballons s'élève au-dessus du camp retranché de Paris et déverse sur l'armée Noire les flots de ce liquide aussitôt transformé en nuages empoisonnés: des millions de cadavres jonchent le sol. L'Invasion  noire est anéantie.

Le Sultan et Omar, épargnés grâce à de Melval, qui leur a évité le poison gazeux, se tuent pour ne pas voir l'effondrement de leur gigantesque projet.

Une peste générale sévit sur l'Europe dévastée.

 

Epiloge

Dix ans après, les dernières traces de l'Invasion noire sont effacées; la race de Japhet a diminué comme nombre, mais la secousse qu'elle vient de subir l'a délivrée de ses éléments maladifs et pourris; la peste n'a laissé subsister que les blancs robustes, et une sève nouvelle va renouveler la race.

Mais les peuples du vieux continent, unis pour longtemps par le souvenir de leur résistance commune, n'ont pas oublié l'égoïsme de l'Angleterre: une coalition générale se forme contre elle, l'écrase, et les Iles Britanniques remplacées par les Iles Irlandaises, disparaissent de la carte du monde.

Editions

L'invasion noire a d'abord été publiée en fascicules au format in-8°, à réunir en séries et volumes, chez Flammarion, de 1894 à 1895 : 159 livraisons de 8 pages chacune, avec des illustrations de Paul de Sémant et une Dédicace à Jules Verne. Cette première édition est découpée en 4 parties: 1) La Mobilisation africaine, 2) Concentration à La Mecque, 3) A travers l'Europe, 4) Autour de Paris. 

 

Elle a ensuite été publiée en 3 volumes brochés, au format in-18°, toujours chez Flammarion. Cette édition revue est désormais découpée en 3 parties: 1) Mobilisation africaine, 2) Grand pèlerinage à La Mecque, 3) Fin de l'Islam devant Paris.

 

A l'occasion du centenaire de la mort du Lt-colonel Driant, en 2016, les Editions Gribeauval ont eu l'idée de rééditer L'Invasion noire, en sa version originale, découpée en 4 parties. L'édition est constituée de 4 volumes, présentés dans un étonnant coffret en aluminium qui rappelle le revêtement de l'engin volant au coeur de l'histoire.

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Dédicace

Dédicace à M. Jules Verne

Dédicace du Capitaine Danrit à Jules Verne:

"Mon Cher Maître,

Lorsque j'étais enfant, vos merveilleux récits me transportaient; arrivé à l'âge d'homme, je les ai relus, admirant avec quel art vous vulgarisez tous les problèmes de sciences naturelles, avec quelles richesses de description vous racontez des voyages imaginaires, simplifiant les questions les plus ardues, rendant attrayante l'étude de la géographie, sachant faire jaillir les situations dramatiques et les émotions généreuses, amusant pour instruire, instruisant pour être utile.

Si bien qu'un jour, piqué de la tarentule d'écrire, j'essayai d'appliquer, aux sciences qui dérivent de la guerre, votre merveilleux procédé.

De ce modeste essai est née La Guerre de Demain.

Vous m'avez fait l'honneur de m'écrire que, ce roman, "vous voudriez l'avoir fait".

C'est l'éloge qui m'a touché le plus.

Permettez-moi de vous en remercier en vous dédiant ce nouveau livre, L'Invasion noire, c'est-à-dire l'invasion future de l'Europe par les masses musulmanes d'Afrique fanatisées par un sultan de génie.

Il repose sur une donnée bien problématique, puisque, à l'époque où nous vivons, c'est l'inverse qui se produit, les puissances européennes découpant le Continent noir en tranches proportionnées à leur appétit et s'en partageant comme un vil bétail les populations primitives.

Mais c'est un cadre qui m'a permis de décrire au lecteur l'Afrique d'aujourd'hui encore si peu connue, de faire défiler devant lui avec leurs moeurs et leurs particularités les agglomérations principales de ses vallées et de ses déserts, de lui parler enfin des voyageurs qui l'ont parcourue.

On me pardonnera, je l'espère, certaines énumérations un peu arides mais nécessaires, en songeant que, comme vous, j'ai voulu "instruire en amusant".

Vous avez intéressé, ému, charmé toute une génération. - Merci de tout coeur de vouloir bien mettre un nom aussi universellement sympathique que le vôtre en tête de l'Invasion noire.

Capitaine DANRIT - Saint-Cyr, octobre 1894"

Lettre de M. Jules Verne au Capitaine Danrit :

"Mon Cher Capitaine,

Vous voulez bien me dédier votre nouvel ouvrage l'Invasion noire, cependant, après le succès de La Guerre de Demain, personne ne peut penser qu'un parrain soit nécessaire pour présenter vos livres au public lettré. Ne se recommandent-ils pas d'eux-mêmes par leur originalité toute spéciale? Je n'accepte donc ce titre que parce qu'il me permet de vous donner un double témoignage d'estime personnelle et de confraternité littéraire.

JULES VERNE - Amiens, octobre 1894 "

Illustrations

Avec L'Invasion Noire, Danrit poursuit sa fructueuse collaboration avec Paul de Sémant. L'édition brochée en 3 volumes ne reprend qu'une partie des illustrations publiées dans l'édition originale en fascicules.

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