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Les enfants Driant dans l'oeuvre de Danrit

Mis à jour : 27 mars 2018

Si, compte tenu de ses multiples occupations, d'abord comme officier, chef de corps au 1e Bataillon de Chasseurs à pied, puis comme journaliste et homme politique, Emile Driant n'a probablement pas pu être extrêmement présent auprès de ses enfants, il apparaît nettement qu'il fut un père très aimant, voire affectueux, plein d'admiration et plein d'espoir pour sa fille et ses trois fils: Marie-Thérèse (née en 1890, à Tunis), Georges (né en 1893, à Saint-Cyr), Raoul (né en 1899, à Troyes) et Robert (né en 1901, à Troyes).



C'est dans les Robinsons Sous-marins que cette tendre affection apparaît au plus grand jour puisque Danrit n'hésite pas à y mettre en scène sa propre famille, en confiant à ses enfants un rôle décisif dans le dénouement de l'intrigue.


Arrivant à Byzerte, le héros du roman, décrit le paysage, et notamment une villa qui s'avère être la Villa Marie-Thérèse construite par Driant: "Sur la colline de Byrsa dont les pentes se montraient piquées de trous noirs, qui étaient les fouilles du P. Delattre, s'élevait, dans son style mauresque, la cathédrale du cardinal Lavigerie.

Au bord de la pente, une petite villa aux colonnes de marbre blanc surgissait d'un bouquet de verdure. Elle avait été bâtie depuis mon dernier voyage et je la remarquais pour la première fois. Sa vue n'avait d'ailleurs laissé dans mon esprit, au passage, qu'une idée fugitive. Le drame qui nous guettait aller la fixer, à jamais, dans ma mémoire. (...)"

Le lendemain, alors que ce même personnage s'apprête à effectuer la plongée en sous-marin, dont l'issue dramatique constituera l'intrigue du roman, Danrit fait entrer en scène sa propre fille: "Au bord du plateau de Byrsa, la petite villa neuve que j'avais remarquée en passant la veille, était assise toute blanche, et son jardin, rempli d'arbres, descendait le long de la pente, entouré d'un mur surmonté d'une grille. Sur sa terrasse, une forme gracile était debout et le soleil couchant, très rouge, qui flambait derrière elle lui faisait comme une auréole. (...) Cette jeune fille - car ce ne pouvait être qu'une jeune fille - qui dressait ainsi sa fine silhouette au milieu de ce décor antique, irradiait des effluves du couchant; cette jeune fille, qui regardait la mer, aperçut soudain notre tourelle courant à la surface de l'eau, car je la vis lever le bras et agiter un mouchoir. Nul autre bateau n'était en vue et cet adieu, si naturel, ce signal presque instinctif fait à ceux qui partent sur la grande bleue ne pouvait s'adresser qu'à nous. Je grimpai aussitôt les degrés de l'échelle intérieure; malgré la recommandation de Jacques, je redescendis sur la passerelle extérieure, me mouillant d'ailleurs copieusement les pieds et sans regrets puisqu'ils l'étaient déjà, et à mon tour, j'agitai mon mouchoir, un mouchoir blanc. Elle dut le voir, elle le vit - je le sais aujourd'hui - et son geste devint plus rapide. La vie de deux hommes a dépendu de cette gracieuse vision! Et que bénie soit l'exquise enfant qui porte le doux nom de Marie-Thérèse, et la blanche villa qui porte son nom!"

Le dernier chapitre du roman se déroule à la Villa Marie-Thérèse, après l'heureux dénouement du terrible accident qui conduisit le sous-marin à rester 6 jours au fond de la mer, ne laissant que deux ultimes survivants, alors que le héros rescapé se réveille après 3 jours d'un profond sommeil. Danrit offre alors une description de sa propre fille: "Comme je me soulevais sur mon oreiller, tout à fait rentré cette fois dans le monde des vivants, la porte s'entrouvrit doucement et j'aperçus un gracieux visage de jeune fille. C'était presque une enfant, seize ans à peine, de grands yeux bruns très expressifs ombragés de longs cils, un front très pur où se jouaient des mèches folles échappées d'une masse de cheveux bruns, une taille de sylphe et de la grâce dans les moindres gestes: je devinai aussitôt la fine silhouette de la villa de Byrsa. (...) Le propriétaire de la villa, le Capitaine D..., appartenait justement au 4e Zouaves, mon ancien régiment. Il était marié à une femme exquise qui se montra la plus attentive des gardes malades. Tous deux avaient insisté le jour du sauvetage pour que nous fussions transportés chez eux." Le soir, après le diner, Marie-Thérèse raconte son inquiétude lorsqu'elle apprit que le sous-marin qu'elle avait aperçut était porté disparu. Elle guetta plusieurs jours le point où elle l'avait vu disparaître sous les flots, jusqu'au jour où reparut enfin à la surface un bout du submersible. "Je ne quittai point des yeux le point où la tourelle avait disparu, un peu plus haut que Byrsa, là en face de Carthage, quand un bruit bien particulier, quelque chose comme l'appel qu'on entend à bord du transatlantique quand il va partir me fit tressaillir. Je tournai la tête vers le point d'où ce bruit semblait sortir de l'eau et alors, un peu plus à droite, presque en face des ports, j'aperçus nettement deux points noirs qui n'y étaient pas une minute auparavant. Elle se leva, montra la mer, et dit le doigt étendu - C'était là! (...) Je n'eus pas une seconde d'hésitation: c'était la Libellule qui montrait de nouveau ses ailes au-dessus de l'eau. Ce ne pouvait être qu'elle. J'éveillai aussitôt mes parents et, pendant que mon père se hâtait à bicyclette pour aller prévenir à La Goulette car le téléphone ne marchait pas à pareille heure, je décidai mon frère à sauter avec moi dans notre petite barque que vous voyez là, amarrée à hauteur des ports. - Et cela sans me le dire, interrompit Mme D... d'un ton de tendre reproche. - Oui, Maman, je craignais trop de recevoir la défense d'y aller, bien que souvent, Georges et moi, nous fassions des promenades jusqu'à Bou-Saïd quand la mer est calme. Quelle émotion quand nous approchâmes! (...) Les hélices tournaient à une vitesse terrifiante à 50 centimètres à peine au-dessus de l'eau; à 20 mètres d'elles, on sentait l'air qu'elles faisaient tourbillonner. Georges craignait en approchant que nous ne fussions happés par l'une d'elles, mais je venais d'apercevoir au ras de l'eau quelque chose comme un anneau ou un crochet: j'avais mon idée; je décidai mon frère à s'approcher et comme il manie fort bien les rames, à maintenir un instant l'arrière de la barque de manière que je pusse atteindre ce crochet. (...) J'avais apporté le paquet de ficelle du cerf-volant de mes petits frères Raoul et Robert, poursuivit la jeune fille: j'en attachai l'extrémité à ce crochet, puis Georges avec beaucoup d'adresse nous éloigna rapidement pendant que sa ficelle se dévidait. - C'est très mal ce que tu as fait là, Marie-Thérèse, interrompit une voix d'enfant, tu m'as perdu ma pelote de ficelle. - Tu nous en rendras une plus grosse, clama une autre voix au timbre suraigu. Et deux bambins charmants, aux cheveux bouclés, de six et huit ans, firent irruption au milieu du cercle. On les calma et la jeune fille acheva son récit par phrases entrecoupées. - Quand nous fumes au bout de la corde... une cinquantaine de mètres... j'en fixai l'autre extrémité à l'un des bancs de la barque... puis je le jetai à l'eau. - Une heure après, quand je revins de La Goulette ayant donné l'alerte, dit le Capitaine D..., il n'y avait plus d'hélices à la surface de l'eau, mais le canot automobile du Capitaine du Port qui arriva en même temps que moi, trouva le banc surnageant au-dessus du point de réengloutissement. Grâce à cette heureuse idée de fillette, le scaphandrier qu'il amenait trouva la Libellule sans tâtonner." Alors qu'il écrit ces lignes, Danrit a quitté la Tunisie depuis presque 10 ans... Il a quitté l'Armée... Ses derniers fils, Raoul et Robert, nés tous deux à Troyes, ont grandi loin de ces rivages de Bizerte. Danrit semble y dépeindre la vision fantasmée d'un bonheur familial dont la Villa Marie-Thérèse, idéalisée, aurait été le théâtre.


Danrit n'oublie pas non plus de dédier une de ses oeuvres à chacun de ses enfants, en leur adressant une dédicace où il exprime à la fois son affection et en même temps ses espoirs pour chacun d'eux.


A Georges, il dédie le 1e tome de l'Histoire d'une Famille de Soldats, Jean Tapin:

"Mon cher petit Georges,

c'est pour toi que ce livre est écrit.

Dès que tu sauras lire, je veux qu'il trace dans ta jeune intelligence le premier sillon, celui d'où jaillira plus tard la vocation, car cette vocation, je la veux militaire, et, né à Saint-Cyr, tu seras Saint-Cyrien!

En attendant que tu retrouves dans cette Ecole toute d'honneur et de devoir les lointains souvenirs de ton grand-père et de ton père qui y furent instructeurs à 25 ans de distance, je veux te montrer dans ces récits où tu apprendras en même temps l'histoire de nos grandes guerres, ce qu'ont été le soldat et l'officier français pendant le siècle qui s'achève.

la Famille de Soldats, à l'histoire de laquelle je vais essayer de t'intéresser, aura connu dans ses trois générations les gloires et les revers de notre France: mon but sera rempli si à la dernière page, tu ne peux plus voir un régiment sans rêver, et son drapeau sans tressaillir.

A l'heure où j'écris, ce drapeau est encore cravaté de noir. Mais je garde l'ardente conviction qu'il appartient à la génération dont je suis de le débarrasser de ce crêpe vieux déjà d'un quart de siècle! Quand ton tour sera venu de le saluer de l'épée, il resplendira de nouveau tel que l'ont connu nos pères.

Que Dieu m'entende et te protège, mon petit Georges!"

Danrit - Tunis, octobre 1898



A Marie-Thérèse, il dédie le 3e tome de l'Histoire d'une Famille de Soldats, Petit Marsouin:

"Ma chère petite Marie-Thérèse,

Il me sera doux, plus tard, de retrouver tes traits d'enfants à la première page d'un de ces livres écrits pour des enfants comme toi. C'est pourquoi je te dédie l'Histoire de la troisième génération de cette "Famille de Soldats" que j'ai rêvée vivace, héroïque, bien française.

Quand tu seras grande, tu comprendras pourquoi j'ai voulu exalter L'ARMEE, en rappelant ses hauts faits pendant ce siècle: tu comprendras qu'il était nécessaire d'opposer les visions réconfortantes du passé aux prophéties de ces cosmopolites qui parlent de la décadence de notre pays, parce qu'ils la désirent, et qui dénigrent son armée, parce qu'ils en ont peur.

Mais quand tu seras grande aussi, toutes les tristesses présentes seront oubliées et tous les nuages auront disparu du ciel de France!

J'en ai l'espoir aussi tenace qu'est profond mon amour pour toi."

Driant, Commandant le 1er Bataillon de Chasseurs à pied - Décembre 1900


A Raoul et Robert, il dédie les Robinsons sous-marins:

"A mes deux plus jeunes fils, Raoul et Robert,

avec l'espoir que dans l'âme de l'un d'eux surgira la vocation du marin."

Commandant Driant - Paris, 1908

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