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André Maurois, lecteur de Danrit

L'Académicien André Maurois partage avec Emile Driant le même prénom (il s'appelle Émile Salomon Wilhelm Herzog, dans la vie civile) et le fait d'avoir lui aussi combattu pendant la Grande Guerre. Mais il est aussi un grand lecteur du Capitaine Danrit, et il évoquera à de multiples reprises l'influence que ces lectures de jeunesse auront eu sur lui.

Dans le premier tome de ses Mémoires, Les Années d'apprentissage (parues en 1942, chez Flammarion), il confie: "nous vivions presque toujours, ma soeur Marguerite et moi, seuls avec maman ou livrés à nous-mêmes dans le jardin, qui était le lieu d'aventures émouvantes et variées. Au fond, se trouvait un lilas fourchu, sur les branches duquel j'ai lu les Contes de Perrault et d'Andersen, toute la Bibliothèque rose, tout Jules Vernes, et La Guerre de Demain, du Capitaine Danrit." Dans un de ses romans, Climats, il décrira l'effet de cette dernière lecture sur lui: "Un petit garçon, enfoncé jusqu'à mi-corps dans un trou qu'il a creusé près du tas de sable, guette, dans l'immense paysage qui l'entoure, l'arrivée d'un invisible ennemi. Ce jeu était inspiré par la lecture de mon livre favori, la "Guerre en Forteresse" de Danrit. J'étais dans mon trou de tirailleur, le soldat Mitour, et je défendais le fort de Liouville, commandé par un vieux colonel pour qui je me serais fait tuer avec joie. Je vous demande pardon de noter ces sentiments puérils, mais c'est là que je trouve la première expression d'un besoin de dévouement passionné qui a été un des facteurs dominants de mon caractère, bien qu'il se soit appliqué, ensuite, à des objets tout différents."

L'influence de Danrit sur l'enfant se poursuivra à l'âge adulte sur des sujets plus sérieux. Dans un autre chapitre de ses Mémoires, André Maurois, raconte, en effet, comment il s'est engagé sous les Drapeaux: " "J'ai vu bien des garçons se débrouiller pour échapper au régiment, dit le médecin-major à quatre galons, mais c'est la première fois que j'en vois un se faire pistonner avec autant de vigueur pour y entrer." C'était à moi qu'il parlait. J'étais nu sous la toise et maigre comme un chien affamé. Tous les règlements étaient d'accord pour me réformer. Je n'avais ni le poids, ni le tour de poitrine nécessaire. Ma colonne vertébrale n'était pas droite. Mon coeur produisait, me disait-on, un souffle anormal. Mais, sur la table du major, dix lettres de médecins amis de mes parents lui demandaient de m'accepter. Je le désirais plus que tout. Nourri par mon père et mes deux oncles de récits militaires, lecteur passionné pendant toute mon enfance des livres guerriers de Danrit et, depuis quelques années, de Vigny, de Stendhal, de Napoléon, j'aurais tenu pour une disgrâce de ne pouvoir être soldat."

Aussi, est-ce tout naturellement que, lorsque l'hebdomadaire "Toute l'Edition" l'interroge sur les livres préférés de son enfance, André Maurois répond que ce livre unique fut La Guerre de Forteresse du Capitaine Danrit : "Il y avait là un personnage de vieux commandant stoïque qui m'inspira des sentiments que je retrouvai plus tard adolescent en lisant Servitude et Grandeur militaires."

Le capitaine de réserve André Maurois au début de la 2nde Guerre Mondiale

De nombreux enfants de la génération d'André Maurois connurent les mêmes émotions et les mêmes résolutions que l'auteur des Dialogues sur le Commandement, à la lecture des ouvrages de Danrit. Et c'est cette génération, formée par ces lectures, qui s'est retrouvée au coeur des combats de la Grande Guerre. L'ambition originale de Danrit de leur faire découvrir "ce que sera la Guerre de Demain" aura été d'une grande utilité dans la formation de cette génération de combattants généreux et patriotes, à l'image d'André Maurois.


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